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par Yannick Daudelin

            Saint-Lin-Laurentides est une petite municipalité tranquille de dix mille âmes. Entre Saint-Linois, tout le monde se connaît. Ce qui n’est, hélas, pas mon cas, puisque j’y habite depuis peu. Toutefois, depuis que ma famille s’est élargie pour accueillir deux chiennes, ma vie sociale s’est ouverte sur un monde bien particulier. Nombreux sont les propriétaires de chiens qui se promènent le matin avec leur animal. Ses visages avec leur chien nous deviennent familiers. Évidemment, on se dit le bonjour, on laisse nos chiens se fréquenter, puis on finit par les reconnaître. Je me rappelle d’aucun nom de propriétaires ; en ce qui concerne leur compagnon canin, je les reconnais tout de suite par leur nom: Bertrand, Kami, Sparky, Molly, Trostky, Friset, Tipou… pour n’en nommer que quelques uns.

            Ici je vais vous parler de l’histoire tragique de Milou. Un lundi matin du mois de Février, alors que je promenais mes chiennes, la rue dans laquelle j’habite fut cernée de policiers, une intervention de scène de crime se produisait juste à côté de notre maison. Mon cÅ“ur fit un quart de tour: que s’est-il passé?

            La femme qui habitait là s’est fait brutalement assassiner par son frère, criminel notoire connu du milieu policier. Il a laissé le cadavre de sa sÅ“ur sur place dans un morbide état et a enfermé le fils de celle-ci dans la cave, dans ses «appartements». Ledit fils est un jeune dans le début de la vingtaine lourdement handicapé depuis un accident de voiture. Dans ce huis clos cauchemardesque deux êtres vivant luttaient pour leur survie pendant six longues journées et nuitées: le fils de la défunte et… un petit schnauzer nain noir, fébrile et hypersensible qui répond au nom de Milou.

            Quand la police l’a trouvé, le petit animal s’était blotti contre la défunte, il tremblait de tous ses membres et il était couvert de sang coagulé et d’excréments. Fidèle à sa maîtresse, il avait cessé de bouger, de se nourrir et de boire. Sa vie ne tenait qu’à un fil.

            Toutefois, le schnauzer était un «animal de saisit policière», ce qui le conduisit directement à la fourrière: il ne lui restait que trois petites journées à vivre avant de finir gazé pour de bon.

            La course contre la montre était amorcée. Geneviève, l’héroïne de cette aventure «tintinesque», de sa propre initiative, se dépêcha d’intervenir et, avec mon aide, nous eûmes tout fait pour prolonger cette date butoir – question de gagner du temps. Nous voulions lui trouver une famille, coûte que coûte, lui donner une nouvelle vie.

            L’Inspecteur Canin, la fourrière, reçu un nombre «record» d’appels et de courriels pour un seul animal. Cette pression nous a fait gagner un jour et demi de plus. Nous pensions l’adopter, ne serait-ce que pour faire nous-mêmes les démarches pour lui trouver un foyer ; toutefois la fourrière tardait à nous donner deux informations primordiaux par rapport à nos chiennes non opérées: est-ce un mâle et, si oui, est-il opéré? Nous étions presque sûr que c’était un mâle, vu le nom du chien, mais nous désespérions en ce qui concerne l’opération et le délai inutile que nous subissions de la part de la fourrière nous travaillait vertement!

            Une fois l’animal en nos mains, nous fûmes extasié de constater que Milou portait un collier avec les coordonnées de son dossier médical. Nous contactâmes la clinique vétérinaire et nous demandâmes plus amples informations sur le carnet santé du rescapé. Combien était grand notre désappointement quand nous eûmes une réponse sotte de la part du vétérinaire lui-même: « Nous sommes désolés, mais ce sont des informations confidentiels!» Comme si nous voulions usurper l’identité de l’animal!?! (Et on se demandait à quoi servait, finalement, cette médaille, tonnerre de Brest!)

            Milou nous a montré beaucoup d’affection. Comme si l’animal était conscient de la chance qu’on lui offrait. Ses petites pattes se lovaient autour de mon cou et sa petite langue s’agitait sur ma joue, mon menton et mon cou pendant que je riais d’aise. Il montrait une affection démesurée, une curiosité aigue et, malheureusement, souffrait constamment lorsque nous lui laissions seul. Angoisse de la séparation: Milou craignait, à juste titre, de se retrouver dans un nouveau huis clos abjecte. Vu les circonstances, nous croyons que cet état est normal. Par contre, lorsque Milou s’en alla avec sa nouvelle famille, c’est nous qui souffrîmes de cette angoisse de la séparation. Nos gorges se nouaient, nos yeux s’humectaient et nos âmes s’agitaient terriblement. Nous étions heureux, mais tristes à mourir.

            Dans le monde des humains, nous nous sommes montrés impuissants. Le jeune handicapé vit une deuxième fois une tragédie immonde.  Sa mère qui prenait soin de lui n’est plus et il se trouvera, sans doute, dans un institut, prisonnier de ce corps qui ne lui répond plus qu’à peu près. Milou, sans nous, aurait voyagé de huis clos en huis clos: du lieu hanté par le massacre, à la fourrière dans une cage  confinée ; puis le  climax aurait été la fatidique chambre à gaz  et l’incinérateur  pour en finir  avec ses restes. Trois huis clos en trois jours.  Heureusement, nous avons vilipendé le destin. Milou vivra et vivra bien, c’est notre grande consolation.

 

 

 
 
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Commentaire: Comment ne pas être touchée par ce que je viens de lire... De voir qu'il y a du monde si dévoué pour les animaux me console...car la vie est tellement injuste pour eux. Longue vie à  ce magnifique et courageux Milou ! Bonne chance à  ce jeune garcon handicapé qui a perdu sa mêre, lui aussi a dû» vivre l'enfer... J'espère que justice sera rendue. Et merci à  l'auteur de cette lettre ainsi qu'à  Geneviève !!! vous êtes fantastiques !!!













 
 
 
 
 
 
 
 
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