Il y a douze ans et
demi, Jean-François Baril a adopté le « chien parfait », sa belle
Milie, un mélange de labrador et golden retriever qui fait, depuis ce jour, son
bonheur et celui de sa famille. Conscient qu’il devra un jour prochain dire
adieu à cette compagne, déjà miraculée une fois, il n’en apprécie que davantage
sa présence.
par : Agnès Gaudet
Aussi loin qu’il se
souvienne, Jean-François Baril se rappelle que des chiens égayaient la maison
de ses parents. Leurs chiens étaient de petits bâtards, des « dessous de
perron », comme s’amuse à les nommer Jean-François, dont Pompon et
Bouboule qu’il n’a pas oubliés.
À l’époque, le garçon aimait bien ces petits compagnons, mais il s’était promis
qu’un jour, quand il aurait sa propre maison Ă lui, il achèterait un chien Ă
son goût, un gros chien, un chien de race pure.
Son vœu s’est réalisé, ou presque, il y a douze ans et demi. Jean-François a
adopté un gros chien noir qui a
tous les traits d’un labrador, mais qui possède du sang de golden par son père.
« Deux bonnes races », dit-il. La rencontre avec cet animal de
compagnie qui allait leur apporter tout l’amour du monde, à lui, sa femme et
leurs deux enfants, fut un pur hasard. Jean-François et Nathalie, alors sans
enfants, s’étaient arrêtés en passant dans une animalerie. Ce fut un gros coup
de cœur. Ils tombèrent tout de suite sous le charme de Milie. « Elle était
dans une cage avec sa petite sœur qui venait juste de se faire adopter. Elle se
retrouvait seule, elle était belle, elle faisait pitié, raconte Jean-François.
Ma blonde ne voulait pas qu’on l’achète. Elle trouvait l’idée déraisonnable.
Elle devait me quitter pour aller au travail, poursuit Jean-François, alors
elle m’a laissé seul au pet shop, en croyant que je laisserai tomber. Mais le
soir venu, quand elle est arrivée à la maison, alors que moi j’étais parti
faire un show des Mecs Comiques, le chien était là . »
Un bon chien
Jean-François n’a
jamais regrettĂ©. Milie s’est avĂ©rĂ© un chien exceptionnel. « Si c’était Ă
refaire, je la voudrais exactement pareille, confie-t-il. Milie, on dirait
qu’elle nous comprend, qu’elle nous parle. » Milie est en effet ce qu’on
peut qualifier de bon chien. En douze ans d’existence, jamais elle n’a grogné
une seule fois après les enfants, même s’ils ont grandi à ses côtés, lui ont
tiré les oreilles, ont fait du cheval sur son dos. Jamais non plus, elle n’a
cherché à se sauver, même si ses maîtres n’ont pas l’habitude de l’attacher.
Même en visite, elle reste sagement assise à quelques mètres de son clan. Pas
étonnant que la mère de Jean-François accepte de la garder, chaque fois que la
petite famille part en voyage.
L’apprentissage du deuil
En règle générale, un
gros chien vit moins vieux qu’un petit. Tout le monde sait ça. Jean-François
aussi. Il sait qu’à douze ans et demi, Milie est déjà au-dessus de la moyenne
et à moins qu’elle ne batte un record de longévité, elle se dirige vers la
fin de sa vie.
« Je vois la fin
arriver, déclare Jean-François, et je sais que ça va être vraiment tough.
Mais, sauf un peu d’arthrite
et de l’usure aux coudes, elle est encore en pleine forme, s’empresse-t-il
d’ajouter. C’est sûr qu’à son âge, elle ne joue plus à la balle comme avant,
mais elle va très bien et on la suit de proche. On l’aide à descendre les marches.
C’est pour mes enfants – Viviane, 8 ans et Nathan, 6 ans – que
ça va être le plus difficile, surtout pour mon gars qui est un hyper sensible
et qui s’en occupe beaucoup. Milie, c’est leur copain. Ils savent qu’elle
vieillit et je leur ai expliqué que si un jour elle souffrait, il faudrait la
faire euthanasier. Je ne sais pas encore si je leur dirai avant de passer Ă
l’acte, où s’ils l’apprendront en trouvant la maison vide en revenant de
l’école. Je vais devoir me décider. En même temps, perdre un animal est un
apprentissage de vie. Mes enfants sont chanceux, ils n’ont pas encore perdu de
proches. Leurs arrière-grands-parents sont encore vivants. La mort de Milie
sera leur premier contact avec le deuil.
L’idéal serait de
trouver Milie un matin, inerte sur le tapis. Mais je sais que ça n’arrive pas
comme on le souhaite. »
Une miraculée
Il y a trois ans,
Jean-François a bien cru, à son grand regret, qu’il devait faire euthanasier sa
chienne. Pourtant, au moment où tout espoir semblait perdu, Milie a montré un
signe de guérison. Tout de suite Jean-François a annulé le triste projet.
À l’époque, Milie
boitait beaucoup. Sa patte avant gauche était paralysée. Même quand le
vétérinaire lui pinçait les coussinets sous la patte, elle ne ressentait rien.
Il y avait deux possibilités de diagnostic : ou les nerfs de sa patte
étaient sectionnés, ou une grave enflure empêchait le flux sanguin de passer.
Pour tenter de remĂ©dier Ă la situation, le vĂ©tĂ©rinaire installa un cathĂ©ter Ă
Milie. Mais seul le temps pourrait dire si la chienne de près dix ans
retrouverait l’usage de sa patte.
« Je l’ai sortie durant
plusieurs jours dans mes bras pour ses besoins. Elle ne pouvait plus marcher du
tout, se rappelle Jean-François. À cause des médicaments, elle respirait
terriblement fort et elle semblait souffrir. Un matin, j’ai pensĂ© Ă
l’euthanasie, comme me l’avait suggéré le vétérinaire si les choses ne
s’arrangeaient pas. J’ai attendu que les enfants partent pour l’école. Je leur
ai dit de bien saluer leur chien avant de partir, sans leur révéler pourquoi,
et j’ai braillé tout l’avant-midi. Quand je me suis enfin décidé à emmener
Milie chez le vĂ©tĂ©rinaire, je me suis dit que j’allais au moins l’aider Ă
partir sur ses deux pattes. Alors, j’ai secoué mes clés dans mes mains, et par
miracle, Milie s’est levée et elle a marché. J’ai annulé mon rendez-vous chez
le vétérinaire, conclut Jean-François en riant. Je suis certain qu’ils ne
croyaient pas à mon histoire et pensaient que je n’avais pas le courage de
l’emmener se faire tuer. Mon vétérinaire a surnommé Milie « la miraculée ». »
Toujours présente
Avec la miraculée,
Jean-François et les siens profitent du bon temps. Milie aime bien se joindre Ă
eux pour toutes les activités extérieures. Quand ils jouent au hockey, elle est
près de la glace. Quand ils vont glisser sur les pentes, elle est lĂ Ă
regarder. Quand, l’été, ils se baignent dans la piscine, elle ne les quitte pas
des yeux. Quand ils écoutent des films, elle se couche à leurs pieds. Milie est
parfaitement adapté au quotidien de la famille Baril. « On dirait qu’elle
a une horloge interne, explique Jean-François, qu’elle sait l’heure. Quand je
pars faire des courses, elle ne bouge pas, elle sait qu’elle ne viendra pas.
Mais quand je me prépare pour aller chercher les enfants à l’école, elle sait
qu’elle va venir et se lève tout de suite. » Est-ce que Jean-François et sa femme décideront d’adopter un
autre chien, le jour oĂą Milie sera partie ?
« Non », répond
d’emblée l’animateur. Pas pour l’instant, en tout cas. Avec Milie ce n’est pas
compliqué. On peut partir toute la journée et on sait qu’elle va dormir
tranquille en nous attendant. Un jeune chien, c’est une autre affaire. Un jeune
chien a besoin de bouger. Il faut lui lancer la balle, l’emmener marcher. Avec
les cours des enfants, le travail, on n’aurait pas assez de temps pour lui. Ce
serait égoïste d’adopter un chien et de ne pas avoir assez de temps pour s’en
occuper. » Jean-François, pourtant, se ravise vite. Ce passionné de la
race canine coupe la poire en deux. « Peut-être qu’un jour on aura un tout
petit caniche, songe-t-il, un petit chien qu’on peut emmener partout. » Allez
savoir si ce toutou ne s’appellera pas Pompon ou Bouboule !
À l’animation
Pour Jean-François, le
travail se définit en ce moment par l’émission musicale quotidienne Mix 80, qu’il anime du lundi au jeudi à RockDétente (au
107,3 de 18 à 20h) et à La Guerre des clans qu’il anime pour une deuxième année, au réseau V, un boulot qui
le comble et qui semble beaucoup plaire au public.
« On a reçu
100 000 demandes pour participer à l’émission », dit fièrement
savoir l’animateur. Jean-François explique le succès de La Guerre des clans par le fait que c’est un jeu facile à jouer qui
comporte des questions de tous les jours. C’est aussi une façon pour les
familles, qui se fréquentent de moins en moins, de se retrouver pour une
activité hors du commun, un prétexte à se rassembler.
On soupçonne aussi les
gens de trouver Jean-François bien sympathique. Quant à lui, il raffole de l’animation
et souhaite continuer à exploiter cet aspect du métier dans l’avenir. Il a
d’ailleurs remplacé Gildor Roy à la barre du Show du matin de V, pour se faire les dents. Même s’il
enregistre douze émissions de La Guerre des clans par week-end, Jean-François y trouve son compte. « J’adore
animer. Je suis un joueur dans la vie, ajoute-t-il, et j’aime le monde, alors
ce n’est pas un travail difficile pour moi. Les gens ont l’air d’aimer ce que
je fais. Du moins, je n’ai pas encore lu de mauvais commentaires sur
facebook. »
Photos Valérie Charlebois
www.valeriecharlebois.com
et
Benoit Pelosse
www.benoitpelosse.com
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